Grammar a les dents longues

Selon une observation très fine du marché intellectuel actuel, nos experts conseillent de placer subtilement le terme “grammaire de” comme ornement de vos phrases de soirée mondaine et de communication. L’inflation ne semble pas avoir encore réellement atteint un seuil critique mais semble avoir démarré depuis un petit moment déjà.

Si le terme “grammaire” désigne une certaine approche de l’étude du langage qui ne peut se résumer seulement à un peu de syntaxe et un peu de phonétique*, il peut aussi se décliner selon les saisons :

  • Les philosophes ont gagné la légitimité de porter la leur grâce à Wittgenstein et la grammaire philosophique
  • Pendant qu’on attend la grammaire du social, on peut encore se rabattre sur les grammaires de l’individu de Martucelli
  • On cherche encore l’origine de la “grammaire politique”
  • Et les designers avides de formalisme seront heureux de pratiquer la shape grammar
  • S’il y a d’autres propositions …

Comme d’habitude, si quelqu’un a une explication à ce phénomène transculturel et transhistorique, qu’il n’hésite pas à partager sa lumière métagrammairienne.

* Seconde activité chez nos amis les académiciens, l’existence d’une règlementation délibérée des liaisons phonétiques, par exemple, font que l’acceptation des règles linguistiques inclues une part de rectitude dans la prononciation.

Comment (1)

  1. Il me semble que le cliché est surtout “grammaire de”: par ex on pourrait avoir “grammaire de la politique” “grammaires de l’art” (pas mal au pluriel aussi), “grammaire de l’existence”, “grammaire des institutions”, “grammaire du pouvoir” etc. Une source possible est le Wittgensteinisme des 50s, où l’on voyait des grammaires, jeux de langage et formes de vie partout. Mais si cela prend en France *maintenant*, cela serait désespérant: 50 ans de retard! Et il faudrait encore 20 ans pour que les gens découvrent les arguments de Grice et la révolution cognitive pour comprendre que même le langage n’est pas que “grammaire” (=règles) mais aussi raisonnement et inférences sensibles au contexte?

    Samedi, septembre 29, 2007 at 00:08 #