Lors du séminaire du 15/02/2006 d’anthropologie linguistique de l’EHESS, F. Zimmerman mettait en évidence une forme de répétition entre deux auteurs. L’intérêt était que le second auteur chronologique ne faisait pas mention du premier alors qu’il paraît évident qu’il ne s’agit pas seulement d’une communauté de pensée mais d’une reproduction assez exacte d’un même énoncé.
Sur le moment, je trouvais le procédé de mise en évidence assez douteux (quel en était l’intérêt ? l’utilité ?). Personnellement lorsque j’écris, j’ai une certaine peur de répéter involontairement (parce que je n’ai pas lu ou que je ne me souviens pas avoir lu) quelqu’un. Tenir comme règle de toujours devoir savoir si quelque chose n’a pas déjà été dit parce quelqu’un d’autre introduit des hypothèses intenables : Est-ce que c’est plus ou moins grave de ne pas citer quelqu’un qui n’est pas connu ou bien justement de s’éviter une référence supplémentaire parce que la personne est connue ? Après cela, il est alors facile de mettre un dispositif éthique qui diminue la nécessité de recourir systématiquement à des références vers d’autres auteurs tout en déculpabilisant.
Ce qui devrait compter c’est l’argumentation interne et non l’importation du fait qu’un énoncé a déjà été utilisé dans une autre argumentation. Cependant s’il est facile d’être aussi catégorique pour des énoncés qui semblent anodins mais qui font laissions, est-ce qu’il est possible de tenir un tel raisonnement pour des énoncés avec une faible probabilité d’être reproduits identiquement (comme c’était le cas lors du séminaire) ? Ces questions révèlent la présence d’un système d’autorité structurant la société de la connaissance dans laquelle évolue pratiques et productions discursives. L’attention portée à la violation d’une règle du système d’autorité personnelle (ne pas rendre une citation complète, ne pas signifier la provenance nominale d’un énoncé) dévoile le déséquilibre entre l’importance de ce qui est dit (l’autorité argumentative) par rapport à l’énonciateur précédent ; comme si le précédent n’était pas lui même soumissible à un test de paternité. Du coup, je me dis que ça fait beaucoup de tracas et que d’un point de vue pragmatique, ce genre de pratique n’a pas beaucoup de valeur. Il est par contre certain et indéniable qu’il y a un véritable problème moral car dans les faits il peut y avoir atteinte et malhonnêteté.
