Séminaire Sapir-Whorf

Non, je ne me lance pas dans un fil rouge autour des activités du PRI-AL mais toujours est-il qu’il entame un séminaire autour de l’hypothèse de Sapir-Whorf (HSW) parallèlement à celui de Michel de Fornel. Ca tombe bien, je suis entrain de lire Linguistique, de recevoir Langage et tout ça dans le but de préparer ma lecture de Lakoff. Cela promet quelques questions intéressantes comme la défense d’une théorie des cadres sans l’assomption d’un relativisme cognitif et/ou linguistique.

Pour caricaturer, voilà deux inférences que pourrait produire un positionnement mêlant relativisme linguistique et relativisme cognitif : ce n’est pas parce que je parle anglais que je pense de façon pragmatique, ce n’est pas parce que j’écris en français que je ne peux pas être pragmatiste.

Je ne suis pas encore trop au point sur l’HSW en elle-même mais je peux déjà dire que je ne suis pas trop du même avis que FZ* lorsqu’il donne la prédominance à la voix et au milieu sonore (en tant que milieu phonétique) dans la théorie de Sapir. Dans Linguistique, par exemple, il y a quelques passages qui pourraient laisser croire que pour Sapir, c’est la fonction cognitive (ou au mois son équilibre avec la fonction expressive) du langage qui est dans l’intimité du monde vécu.

Activité vocale et langage ne sont que superficiellement identiques. La tendance a voir dans l’expression des émotions le point de départ du langage n’a donné aucun résultat tangible qui soit capable d’étayer une théorie scientifique et il nous faut maintenant essayer de concevoir le langage comme l’aboutissement de la longue évolution d’une technique ou d’une tendance particulière à laquelle on peut donner le nom de « tendance au symbolisme », c’est-à-dire la faculté de voir dans la partie incomplète et relativement dénuée de signification un signe qui renvoie à l’ensemble. Le langage donc, est ce qu’il est, dans son essence, non pas à cause de ses admirables possibilités expressives, mais bien plutôt malgré elles. La pratique du langage comme type de comportement repose sur la combinaison prodigieusement complexe de deux systèmes, le symbolique et l’expressif dont aucun n’aurait pu atteindre son degré de développement actuel sans l’action exercée par l’autre.

E. Sapir, Le Langage (1933)

Personnellement, je dirais donc que l’importance de la parole (et du langage) en tant que relativisant le mode de pensée est non pas la conséquence d’une émission sonore mais que l’acte de parole implique à la fois une construction mentale de type linguistique et un engagement dans une action spécifique.

Cela pourrait permettre par la même occasion de faire le rapprochement entre la distinction entre catégorisation conceptuelle et flux perceptuel proposé par W. James. Promis j’arrête la philo-philosophie après la lecture de Hume !