Habermas - 1 - Prémisse d’une théorie de la rationalité

Finalement, j’ai craqué. Face au problème de l’espace public, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui me manquait pour comprendre la portée du discours de J. Habermas. C’est un défaut assez chronophage, je préfère accordé le bénéfice du doute aux auteurs, notoriété ou non, que je ne comprends pas. Comme je m’étais résolu à dépasser mon préjugé sur l’auteur, j’ai entamé l’escalade du mont en question. Escalader un mont vivant a quand même quelque chose d’étrange.

Voici donc quelques premières impressions sur Théorie de l’agir communicationnel [TAC1 et TAC2] et de son introduction bien nommée : Vers la problématique de la rationalité [TAC1, p. 17-157]. Je vais beaucoup paraphraser mais en même temps je raccourcis, je prie donc mon lectorat tout virtuel de son état de ne tenir compte des inexactitudes et des erreurs de compréhensions que si elles posent un mauvais départ dans la lecture d’Habermas. Ce travail de compte-rendu sera certainement plus bénéfique que les habituelles suites de citations.

Le travail d’Habermas peut en partir se définir comme une critique de la rationalité à la fois pour combattre une double domination de la rationalité. La première est la prédominance de la rationalité dans nos sociétés contemporaines. Ces dernières étant le résultat de la révolution bourgeoise placent la rationalité au fondement de l’idéologie qui définit nos manières de vivre. La seconde est la « colonisation » monologique de la rationalité instrumentale dans la logique de la compréhension.

Habermas nous fournit deux privilège de revenir sur un des concepts les plus fondamentaux mais également les plus mal maîtrisés des sciences du social, la rationalité et de l’articuler avec des concepts non moins problématiques comme celui de la réflexivité. La rationalité pose un problème dès sa définition. Soit on lui donne une définition trop large et souple et tout devient rationnel soit on lui donne une définition trop rigide et plus rien ne l’est. Ayant personnellement décidé de mettre de côté ce débat, j’en étais resté à une définition en négatif du rationnel par l’absurde prenant le soldat camusien comme exemple d’action non-rationnelle autrement dit orientée vers aucune fin sinon celle de la vie (et je suis assez d’accord avec D. Noguez pour dire que le suicide n’est pas une vraie fin sinon le départ un peu grandiloquent de mauvais perdants).

Pour Habermas, « toutes les fois où nous employons l’expression « rationnel », nous supposons un rapport étroit entre rationalité et savoir » [TAC1, p. 24]. Il faut avouer que j’ai ici été surpris avec bonheur de retrouver assez rapidement un lien entre théorie de la rationalité et sociologie du savoir (lien qui semble être optionnel pour certains auteurs). En autres le soucis n’est pas (encore) la vérité ou la validité du savoir mais seulement son application dans une action sur le monde physique ou une action symbolique (linguistique, etc.). L’intérêt en corollaire est de savoir si cette application peut avoir lieu dans une individualité autonome (à la limite autarcique) ou si elle réclame une collectivité soit sous les traits d’une mobilisation collective soit sous les traits d’une communauté communicationnelle (l’option vers laquelle semble tendre Habermas) et donc dans les deux une forme de sociation (juste pour le plaisir de rattacher tout ça à Simmel). Les réponses sont deux alternatives et le choix entre les deux options n’est pas simple du tout. Certains prétendront que la connaissance peut s’acquérir d’un point de vue individuel sans assistance d’autrui (humain) par pure introspection, révélation et investigation privée du monde supposant à la fois des hypothèses individualistes et des hypothèses réalistes. Alors que d’autres s’appuieront sur une nécessité d’être plusieurs au moins pour avoir la prétention à l’intersubjectivité à défaut de se perdre dans les méandres de l’objectivité. Habermas se dirige vers une théorie sociale de la rationalité, l’objectivité n’étant que « prétention transubjective à la validité » [TAC1, p. 25-26].

Avant de s’attaquer au vif du sujet, il reste à dire ce qui est en disposition d’être rationnelle ou non et par extension du langage, ce qui est rationalisable ou non. Cela reste assez simple : « peuvent être plus ou moins rationnelles les personnes qui disposent d’un savoir, et les expressions symboliques, langagières ou non, communicationnelles ou non, qui incorporent un savoir. » En d’autres termes, ce sont les actions, les activités et les individus du genre humains qui peuvent être ou non et plus ou moins rationnelles. Au contraire des évènements ou n’importe quelles choses en soit (TAC1, p. 24 comporte des exemples de ce qui peut être rationnel ou irrationnel) ne peut être rationalisable.

Maintenant que nous savons ce qui peut être rationnel (les produits de l’activité, de l’action à l’individu), il ne reste plus qu’à préciser ce qui est entendu par « rationalité ». Habermas distingue deux types de rationalité dont la différenciation sera le déclencheur de son ensemble théorique. L’origine est la séparation de la rationalité de l’action instrumentale (l’action directe sur le monde) et de la rationalité de l’action communicationnelle qui n’est pas nécessairement toute action linguistique mais qui passe par contre par la médiation du langage. Il définira plus loin et plus clairement les différents types d’action qui permettent de démêler les jeux d’action. Je ne donnerais pas dans le détail les conséquences d’une telle distinction car cela équivaudrait à expliquer plus ou moins toute la théorie d’Habermas ainsi que ses motivations (qui sont à mon avis plus lisibles dans La science et la technique comme « idéologie »). Pour le moment, je me bornerais à la communauté conceptuelle qu’il met en place pour donner les « règles » de la rationalité.

« La rationalité de leurs expressions se mesure aux relations interne entre le contenu de signification, les conditions de validité et les raisons qui en cas de besoin peuvent être produites pour justifier la vérité des énoncés ou l’efficacité des règles d’action. » [TAC 1, p. 25]

Comme signalé plus haut, on voit ici le lien qui est fait entre rationalité et justification, une action instrumentale ou communicationnelle est rationnelle à partir du moment où elle est justifiable (et pas justifiée) par son auteur. Par rapport à ce qui habituellement compris dans la tradition sociologique, cette définition de l’action rationnelle a l’avantage de détacher les critères de rationalité de l’observateur en remplaçant une notion de compréhensibilité par une notion de justifiabilité. On voit également que cela a pour conséquence analytique de devoir développer ou inclure une théorie de l’argumentation que nous verrons dans un autre article ainsi que cette théorie pour Habermas est insatisfaisante et n’est que provisoire parce qu’anhistorique et donc privée de l’explication de l’émergence de la rationalité qu’il rattache à la fois à une théorie de société et à une théorie de la modernité.

Comments (2)

  1. comment wrote:

    merci pour le compte rendu mais à la lecture du texte je ne suis pas beaucoup plus avancée.
    je pense que c’est à cause de la structure de votre article.
    serait-il possible de discuter de vive voix ?
    merci

    Mercredi, octobre 10, 2007 at 17:26 #
  2. clos wrote:

    je peux avoir une dissertation sur la rationalité tt de suite s vp

    Dimanche, novembre 4, 2007 at 00:07 #