Histoire de refaire partir la machine du débat sur l’origine du langage, dans le numéro 449 de Nature, Fitch propose deux articles intéressants sur l’évolution des langues (la glossogénie) selon des statistiques d’usage. Bottage en touche en ce qui concerne la discussion sur le rapport entre glossogénie et phylogénie surtout que Fitch a été un des auteurs des récents échanges entre Chomsky, Hauser, Ficht, Pinker et Jackendoff (Hauser et al. 2002, Jackendoff et Pinker 2005, Ficht et al. 2005, Pinker et Jackendoff 2005). Allez dans un séminaire de théorie linguistique et il y a à peu près une chance sur deux pour que vous puissiez en discuter. Perso, je vous conseille plutôt l’interdit de 1866 de la Société Linguistique de Paris.
Quantifying the evolutionary dynamics of language (Lieberman et al., 2007) propose une corrélation entre la fréquence d’usage d’un verbe irrégulier et son temps d’adaptation par rapport à la règle générale. L’équation est : vitesse de régularisation = 1/racine de la fréquence relative d’usage. Autrement dit un verbe irrégulier qui est 100 fois moins utilisé qu’un autre se régularisera 10 fois plus vite. Ce qui peut être une explication sur le fait que les 10 verbes les plus utilisés en anglais (be, have, do, go, say, can, will, see, take, get) soit tous irréguliers alors que seul 3% de l’ensemble des verbes en langue anglaise sont irréguliers.
Frequency of word-use predicts rates of lexical evolution throughout Indo-European history (Pagel et al., 2007) est un peu plus tendancieux car il mélange une analyse génétique avec une sorte de saut indéfini entre symbole lexical et signification. On peut quand même retenir que parmi les 4 langues étudiées (anglais, espagnol, russe et grec), on retrouve un rapport entre fréquence d’usage d’un mot, sa catégorie grammaticale et son évolution. Les adjectifs, les prépositions et les conjonctions dont les formes exactes ne sont pas dépendantes d’une signification changent plus rapidement et souvent que les nombres et les pronoms qui eux sont très fixes.
D’une façon globale, on peut observer un lien entre la fréquence d’usage et la résistance au changement dans les systèmes sémiotiques.